« La petite communiste qui ne souriait jamais » – Lola Lafon

la petite communiste qui ne sourait jamais - lola lafon

Lola Lafon est une auteure que je découvre avec ce roman. Ce livre que je voyais souvent en libraire me faisait de l’œil depuis un moment, mais sans que jamais j’ose sauter le pas. Avec un sujet qui ne m’interpellait pas forcément, j’avais du mal à me projeter dans cette lecture. Maintenant que j’ai pu enfin me faire ma propre opinion sur ce roman, je vais vous expliquer mon ressenti. Spoiler alerte : la lecture est mitigée !

Tout au long de cette lecture, j’ai eu du mal à comprendre où l’auteure voulait aller. Dans les grandes lignes, ce roman nous dresse le portrait de Nadia Comaneci, qui est l’unique gymnaste à obtenir un 10 en Jeux Olympiques à l‘âge de 14 ans. Considérée comme l’une des plus brillantes gymnastes au monde, Lola Lafon s’appuie sur des écrits ainsi qu’avec l’aide d’une correspondance avec l’intéressée pour nous expliquer son parcours et ses motivations. Ces lettres qui nous montrent d’ailleurs un fossé entre ce que les journalistes de l’époque ont écrit et Nadia qui explique son point de vue. On voit que l’auteur n’approuve pas tout ce qu’elle dit et ne se gène pas pour réfuter ou simplement outrepasser les demandes de l’artiste … Ce point est un peu gênant car on semble vouloir nous montrer que l’auteur connait mieux la vérité que la gymnaste …

Nadia est donc le fil conducteur de ce roman. Mais le récit nous apporte tellement plus. On nous parle de la gymnastique, mais juste par phase. De temps en temps on a des explications mais sans rentrer dans trop de précisions. On nous explique surtout les contraintes d’être une gymnaste en nous expliquant les engagements personnels de travail et de régime pour rester au top de la compétition. On va également nous parler du communisme et de l’arrivée d’une certaine démocratie en Roumanie. Entre la propagande du « Camarade » et les décrets de loi envers les femmes qui doivent avoir 5 enfants par foyer. On nous décrit une certaine horreur. L’auteur traite également de la place de la Roumanie dans la gymnastique. Le pays étant complètement enseveli par les soviétiques, ils ont eu du mal à trouver leur place. Obligés d’entamer des rapports de force avec la Russie pour pouvoir s’imposer et prouver leur valeur. Mais dans ce livre on nous parle également de la femme-enfant. La gymnastique étant un sport qui se travaille depuis l’enfance, le rapport au corps des femmes est important. En effet, le corps de gymnastes doit rester petit, fin, frêle, telle une enfant … La compétition est dure et les racontars le sont tout autant !

Ce roman correspond plus à un fourre tout de sujet tous plus intéressant les uns que les autres mais sans qu’aucun ne demeurent le sujet principal. Cette lecture m’a donc beaucoup dérangée car je n’arrive pas à savoir où l’auteure aller nous amener. A contrario, j’ai découvert une écrivaine ! Lola Lafon a un véritable talent de romancière. Dans ce livre elle entremêle avec justesse les coupures de presses, les lettres de Nadia, sa propre interprétation … J’ai adoré le style, c’est fluide on est transporté à travers les pages sans même comprendre le réel enjeu : c’est fort !

Néanmoins, il m’en faut plus pour tomber amoureuse d’un livre. Ici le travail est fait à 50%. Entre une plume sublime et une histoire qui ne m’a pas attiré outre mesure. Ce livre se lit très bien, mais la transcendance n’est pas au rendez vous. Par contre je vais m’empresser de lire d’autres romans de cette auteure. Car je n’ai peut être pas rencontré un grand livre, mais j’ai découvert une grande écrivaine !

***

*Pour aller plus loin, voici l’histoire : Parce qu’elle est fascinée par le destin de la miraculeuse petite gymnaste roumaine de quatorze ans apparue aux JO de Montréal en 1976 pour mettre à mal guerres froides, ordinateurs et records au point d’accéder au statut de mythe planétaire, la narratrice de ce roman entreprend de raconter ce qu’elle imagine de l’expérience que vécut cette prodigieuse fillette, symbole d’une Europe révolue, venue, par la seule pureté de ses gestes, incarner aux yeux désabusés du monde le rêve d’une enfance éternelle. Mais quelle version retenir du parcours de cette petite communiste qui ne souriait jamais et qui voltigea, d’Est en Ouest, devant ses juges, sportifs, politiques ou médiatiques, entre adoration des foules et manipulations étatiques ?
Mimétique de l’audace féerique des figures jadis tracées au ciel de la compétition par une simple enfant, le romanacrobate de Lola Lafon, plus proche de la légende d’Icare que de la mythologie des “dieux du stade”, rend l’hommage d’une fiction inspirée à celle-là, qui, d’un coup de pied à la lune, a ravagé le chemin rétréci qu’on réserve aux petites filles, ces petites filles de l’été 1976 qui, grâce à elle, ont rêvé de s’élancer dans le vide, les abdos serrés et la peau nue.

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9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. lilylit dit :

    J’ai découvert ce livre il y a deux ans lors du prix du Roman des étudiants et je l’avais beaucoup aimé. En fait, il faut bien se mettre dans la perspective que la romancière n’est pas la narratrice : elle imagine une auteure qui enquête sur Nadia et la rencontre (et qui se permet en effet de mettre en doute ses déclarations). Mais Lola Lafon elle-même n’a pas rencontré la gymnaste. Ce qui fait du livre une fiction, même si très documentée. (plus de détails dans mon article de l’époque : https://lilylit.wordpress.com/2014/03/22/la-petite-communiste-qui-ne-souriait-jamais-anatomie-dun-symbole/)

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    1. Je suis bien d’accord avec toi, mais je trouve que cela n’apporte pas grand chose. En effet je trouve que cette narratrice rentre dans une contre vision de celle de nadia et je trouve cela dérangeant. Elle remplit les vides qu’elle souhaite mais je n’ai pas aimé la façon dont elle le fait !
      J’avais bien compris qu’elle ne fait que remplir des vides en imaginant cette conversation, peut être que ça ne se ressent pas dans ma chronique. Mais je trouve que ce livre va dans tous les sens et pour ma part ça ne m’a pas plu !

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  2. Madame lit dit :

    Je ne l’ai pas lu mais merci pour cette découverte…

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    1. J’espère qu’elle te plaira plus qu’à moi !

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  3. Je suis entièrement d’accord avec toi, je l’ai lu dans le cadre du roman des étudiants et j’ai vraiment eu du mal, ne comprenant pas non plus où le but de tout cela nous menais : conter la vie d’une gymnaste en Roumanie à cette époque ? Conter la vie de Nadia ?… Tout ensemble ? Dommage….

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    1. Oui je trouve qu’on y perd alors que l’écriture de lola lafon est juste sublime !

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  4. Je partage tout ce que tu as dit. J’ai été très déçue par ce roman. J’ai eu l’impression que l’auteur souhaitait évoquer plein de choses mais finalement on n’a pas beaucoup avancer à l’issue du roman. Dommage car je trouvais le sujet intéressant, évoquer la Roumanie communiste à travers son emblématique gymnaste.

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    1. Pour moi ça a été une découverte, je ne connaissais pas du tout cette gymnaste ni son impacte dans son pays et dans le sport ! Mais très vite on perd le véritable intérêt en étant perdu par l’auteur. .. c’est dommage !

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