« Lointain souvenir de la peau » – Russell Banks

lointain souvenir de la peau - Russell Banks

Il est difficile de pouvoir donner un avis sur cette lecture. Les personnes qui ont déjà lu du Russell Banks comprendront mon ressenti. Ses livres sont toujours à double tranchant, on nous présente un sujet fort mais dans une construction très lente. Et tout le monde ne peut pas apprécier ce style de lecture. Pour ma part il est donc compliqué d’en donner un avis clair et précis. Allez, on essaye quand même !

C’est avec « le Kid » que l’on débute ce roman. Ce personnage que l’on va retrouver dans plusieurs de ses livres, est un jeune homme perdu, complètement en marge de la société. A travers ce personnage, l’auteur tente de nous donner une vision critique de la société. Comment les gens vivent lorsqu’ils ne rentrent pas dans une case. Ici, le Kid est fiché comme délinquant sexuel. Considéré comme un horrible personnage, ce jeune garçon de 21 ans est innocent. Il va devoir vivre avec cette étiquette. Il se voit contraint de vivre sous un viaduc là où l’on parque les dangereux pédophiles et autres criminels sexuels.

Russell Banks nous dresse un portrait dur et difficilement imaginable d’une vie que l’on se voit contraint de vivre, sans l’avoir choisi. Ce roman est un cri d’espoir, il est comme une lumière dans le noir tant le sujet abordé est puissant. C’est un récit très juste sur les faux semblants sur les apparences et sur la vérité. En effet, l’auteur nous montre à quel point les étiquettes que l’on nous met peuvent fonder une vie. L’image que l’on donne n’a parfois rien à voir avec la réalité. Mais comment peut-on survivre avec une telle étiquette ? L’auteur sait poser les questions et nous pousse à une réflexion inattendue. Comment se positionner dans cette société où l’on ne peut plus se cacher. A qui faire confiance lorsque tout le monde ment sur sa véritable identité ? Le tout accentué par des médias qui oscillent entre une absolue vérité sur le monde et un condensé de mensonges pour faire vivre leurs idées !?

Ce roman est donc une lecture forte, intense même. Mais je tiens à informer les futurs lecteurs que le style de Russell Banks est particulier. L’auteur rentre en profondeur dans la psychologie du personnage. Là où l’on va suivre ses idées, ses réflexions, son parcours, nous n’adhéreront pas à cette écriture qui peut sembler ennuyeuse et rébarbative. Elle doit même rebuter certaine personne, mais une fois lancé vous serez ravi d’être rentré dans cet univers. Ami lecteurs, vous voici prévenu, pour les moins téméraires passez votre chemin cette lecture n’est pas pour vous !

***

*Pour aller plus loin, voici l’histoire : A l’instar de ses pareils, hommes de tous âges et de toutes conditions que leur addiction au sexe a conduits devant les tribunaux puis relégués loin des « zones sensibles », le Kid, vingt et un ans, bracelet électronique à la cheville, a pour quartier général le viaduc Claybourne qui relie le centre-ville de Calusa, Floride, à son luxueux front de mer. Depuis toujours livré à lui-même, n’ayant pour ami qu’un iguane offert par une mère passablement nymphomane, le Kid s’est enivré de sexe virtuel jusqu’au jour où sa naïveté l’a jeté dans un des pièges où la police épingle les putatifs délinquants sexuels. Stigmatisé par une société devenue, jusqu’à l’hystérie, adepte du « surveiller et punir », ce jeune homme en rupture suscite l’intérêt d’un certain « Professeur », universitaire à la curiosité dévorante, sociologue atypique qui, dans le cadre de ses travaux sur les sans-abri en tous genres, approche le Kid pour s’instruire de son cas et, peu à peu, semble le prendre sous son aile. Mais il apparaît bientôt que le génial professeur pourrait être un fabuleux menteur, et un expert en identités multiples; Par cette fiction magistrale, Russell Banks met en scène l’enfer de la « déviance » et le supplice de l’exclusion. Il exhausse à la dimension d’un récit aussi mythique que compassionnel l’aveuglement de nos sociétés saturées d’images et qui semblent avoir fait le choix – comme pour mieux s’oublier – de faire disparaître, jusqu’à la pathologie, leur corps collectif dans le rayonnement des écrans de la nuit sexuelle.

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12 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. En effet il semble bien atypique ce roman mais je le garde à l’esprit =)

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    1. Le style de l’auteur est à mes yeux atypiques ^^
      Pour en avoir lu quelques uns, on ressent toujours cette dualité entre un sujet fort et une construction lente. Il faut aimer, donc je préfère le signaler !

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  2. accalia dit :

    Un auteur que j’aime beaucoup et -encore un- dont j’ai envie de lire plus de livres…mais on court trop après le temps de lecture!^^

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    1. Je suis bien d’accord avec toi, il faudrait des journées de 48h pour les amoureux de la lecture. Une journée normale et une journée que de livre !

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  3. Ta chronique est tentante et comme j’aime beaucoup cet auteur (j’ai deux livres au compteur). Je note le titre.

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    1. Si tu apprécies cet auteur, alors oui fonce !

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  4. J’aime beaucoup Russel Banks, même si tous ses livres ne sont pas passionnants (et ça dépend en plus des lecteurs). Mais y en a qui fait l’unanimité (en tout cas coup de coeur pour moi) « American Darling ». Tu l’as lu ?

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    1. Non je ne le connais pas. Il parle de quoi ?

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  5. Ah c’est un peu difficile à résumer. Disons que ça parle d’une femme américaine, de la génération hippie et militante, qui vit avec son mari et ses enfants au Liberia qu’elle va devoir fuir pour rentrer aux Etats-Unis suite aux guerres civiles.
    Le personnage féminin est véritablement atypique car pas forcément très sympathique, l’histoire sur le contexte politique du Liberia passionnante, enfin bref il faut lire, c’est top !

    Aimé par 1 personne

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