Rentrée littéraire : « Les vies de papier » – Rabih Alameddine

les-vies-de-papier-rabih-alameddine

Je voyais ce roman se balader sur les réseaux sociaux, mais je me disais que cette lecture n’était pas pour moi. Elle ne m’attirait pas outre mesure. Mais avec mon travail aidant, je me suis dit pourquoi pas. Cela fait indéniablement partie de ces lectures qui me surprennent et finissent par me plaire.

Dans cette lecture, c’est à travers le parcours d’une femme dans les années 70 au Liban, que va se dérouler notre histoire. On apprécie cette plongée dans un Beyrouth entre tradition et guerre civile. Un pays qui explose de l’intérieur, confronté à une dualité trop forte pour être contenue. D’un côté le besoin de liberté de la population amené par une modernité toujours plus grandissante. De l’autre côté, on découvre un aspect bien plus conservateur du pays qui souffre de cette évolution. L’histoire du pays est la toile de fond de notre récit. Il permet la construction de notre protagoniste, son chemin, ses choix et ses doutes. Car l’auteur va nous raconter le parcours compliqué d’une femme seule, entourée de livres dans un pays où les messes basses sur la solitude d’une femme sont omniprésentes. Regard insistant, murmure et désapprobation familiale se font sentir.

On nous livre une lecture poignante sur le destin d’une femme, d’une passionnée par les livres et par la traduction. Elle a voué sa vie pour faire des traductions qu’elle conserve précieusement. Des traductions qu’elle estime nécessaire pour le bien de son pays, mais qu’elle garde caché à l’abri de tous. A travers cette image, c’est toute une vie qui est mise à nue. On nous dresse le destin d’une femme seule, entourée par ses fantômes elle donne un nouveau regard sur son monde. Elle doit se battre pour conserver son indépendance face à une famille qui ne comprend pas sa place.

Cette lecture est très riche, autant sur le Liban et cette période compliquée, mais également sur la littérature en générale. On s’amuse avec le temps en passant du passé au présent. On parcourt les pages de ce livre comme s’il nous permettait de remonter le temps dans la vie de cette femme. A travers ce roman, on comprend que c’est une introspection qui nous est donnée, sur un monde en perpétuel mouvement.

On va passer de digressions en digressions pour nous raconter cette histoire et même si certaines auraient pu être retirées, le résultat m’a touché. J’ai aimé découvrir ce pays, à travers le parcours banal et hors du commun d’une femme qui tentait juste de réaliser ses traductions.

***

*Pour aller plus loin, voici l’histoire : Aaliya Saleh, 72 ans, les cheveux bleus, est inclassable. Mariée à 16 ans à « un insecte impuissant », elle a été répudiée au bout de quatre ans. Pas de mari, pas d’enfant, pas de religion… Non conventionnelle et un brin obsessionnelle, elle a toujours lutté à sa manière contre le carcan imposé par la société libanaise. Une seule passion l’anime: la littérature. Elle a en effet pour les mots un désir inextinguible. À tel point que, chaque année, le 1er janvier, elle commence à traduire en arabe l’un de ses romans préférés. Un travail ambitieux qui finit toujours par échouer dans un tiroir. Car les quelque trente-sept livres traduits par Aaliya au cours de sa vie n’ont jamais été lus par qui que ce soit.

Ce portrait d’une femme solitaire en pleine crise existentielle oscille sans cesse entre passé et présent dans un Beyrouth en constante mutation. Tandis qu’elle essaye de maîtriser son corps vieillissant et la spontanéité de ses émotions, Aaliya doit faire face à une catastrophe inimaginable qui menace de faire voler sa vie en éclats. Son ton mordant ne nous laisse pas indemne.

Publicités

11 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Marie-Claude dit :

    Je vois qu’il ne t’a pas déçue. Je l’ai reçu cette semaine et compte bien m’y plonger sous peu.

    Aimé par 1 personne

    1. J’ai bien aimé la lenteur du roman et au final on se laisse porter par le récit !

      J'aime

  2. Tiens je ne me serai pas arrêté sur ce livre mais j’aime ce que tu en dis =)

    Aimé par 1 personne

    1. Je me suis laissée emporter sans m’y attendre !

      Aimé par 1 personne

  3. Yuyine dit :

    Jolie découverte encore une fois. Ce que tu en dis m’intéresse même si, comme toi, à priori ce n’est pas un livre « pour moi ». Je me laisserai tenté à l’occasion en espérant être surprise positivement tout comme toi

    Aimé par 1 personne

    1. Je l’espère également. Ce n’est pas un coup de cœur mais ça fait partie des belles découvertes inattendues !

      J'aime

  4. Camilla dit :

    Je l’ai dans ma PAL ! 🙂

    Aimé par 1 personne

    1. Tu pourras me dire ce que tu en penseras alors ^^

      J'aime

  5. Yuyine dit :

    Celui-ci a l’air vraiment intéressant! J’aime quand la littérature se fait passerelle sur la découverte d’un pays, d’une époque, d’un destin!

    Aimé par 1 personne

    1. Tu seras alors comblée avec ce texte !
      Malgré des petits défauts on appréciera ce rapport entre pays et évolution de toute une société.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s